Jean-Baptiste Del Amo reçoit le prix du Livre Inter pour son roman Règne animal

Roman sur l’humanité des animaux et la bestialité des hommes, Règne animal retrace l’histoire d’une exploitation agricole familiale du Gers, de la fin du XIXe siècle à 1981.

Le romancier Jean-Baptiste Del Amo a reçu le 43ème prix du Livre Inter pour son roman Règne animal (Gallimard), grand et âpre roman sur la dérive d’une humanité acharnée à asservir la nature et les animaux.

Le roman de Jean-Baptiste Del Amo, en lice avec neuf autres titres, a été choisi au deuxième tour de scrutin par 17 des 24 membres du jury. Interrogé sur France Inter, le lauréat a déclaré avoir ressenti « une grande joie » à l’annonce du résultat, qu’il a appris alors qu’il était parti courir « en forêt ». Le jury du Livre Inter était présidé cette année par Elisabeth Badinter. Il est composé de 24 auditeurs (12 hommes et 12 femmes) de la radio du service public. « J’ai eu la joie de les rencontrer (dimanche) soir, de discuter avec eux, et de réaliser combien ce sont des lecteurs passionnés », a salué Jean-Baptiste Del Amo. « Que ce soit un prix porté par des lecteurs, c’est aussi un signe important et très agréable pour un écrivain ».

Un parallèle entre la guerre de 14-18 et l’abattage des animaux

Roman sur l’humanité des animaux et la bestialité des hommes, Règne animal retrace l’histoire d’une exploitation agricole familiale du Gers, vouée à devenir un élevage porcin intensif, de la fin du XIXe siècle à 1981. Jean-Baptiste Del Amo, militant de la cause animale et végétalien, ne s’abrite pas derrière des euphémismes quand il parle de la souffrance animale. Mais si les animaux sont conduits sans ménagement à l’abattoir qu’en est-il des hommes qui bientôt seront engloutis à leur tour dans « la boucherie » abominable de la guerre 14-18 ?

En lisant ce roman, parfois atroce dans ses descriptions, on pense au documentaire de Georges Franju, Le sang des bêtes, film de 1949, au lendemain des horreurs de la Seconde Guerre mondiale, montrant de façon crue l’univers des abattoirs de Paris. « J’essaie de travailler une écriture très organique, qui ne ménage pas le lecteur », a expliqué l’écrivain sur France Inter.

Une humanité perdue

Dans la seconde moitié du roman nous sommes en 1981, l’année de naissance de Jean-Baptiste Del Amo. L’exploitation est toujours familiale mais la porcherie est devenue un élevage industriel où la sauvagerie est rationalisée au nom du rendement. Comment avons-nous pu perdre à ce point notre humanité ?, demande Jean-Baptiste Del Amo. Engagé dans l’association de défense des droits des animaux L214, il a aussi estimé que l’action de cette organisation, auteur de vidéos choc sur les pratiques dans certains élevages et abattoirs, avait « permis de légitimer ce combat sur la condition animale, de le porter dans l’espace public ».

Ancien pensionnaire de la Villa Médicis, prix Sade en 2013 pour Pornographia, Jean-Baptiste Del Amo a reçu en 2009 le Goncourt du premier roman pour Une éducation libertine (Gallimard), un livre retenu l’année précédente dans la dernière sélection de l’académie Goncourt et finaliste du Goncourt des lycéens. Paru en août 2016, Règne animal avait reçu l’automne dernier le prix des libraires de Nancy.